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02 May

27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure

Publié par cestdurlevelo  - Catégories :  #BRM, #Brevet des Randonneurs Mondiaux, #BRM 400, #Drôme, #Isère, #Grenoble, #Col de la Croix Haute, #Col du Fau, #Col de Bacchus, #Léoncel, #Vercors, #Montbrun les Bains, #Col d'Aulan, #Col de Soubeyrand, #Col de Macuègne, #Col de Peyruèrgue, #Pas de Lauzun

396km en 16h57, D+ 5088m, coef 1.28

59min de pauses en tout

Météo: abominable le matin et le soir (froid et pluie drue), vent de nord-ouest toute la journée

Voilà dejà à coup sur mon parcours le plus long cette année. 2019 pour moi c'est une année avec assez peu de défis vélo XXL. Je me contente donc d'un 300 (sauf que comme raconté ici, mon réveil n'a pas sonné et j'ai donc raté le départ...), ce 400 aujourd'hui, et enfin la traditionnelle Ardéchoise Vélo Marathon en juin.

Je sais bien que j'irais au bout de ce départ, je ne l'envisage pas autrement, et ce malgré un entrainement moindre que les années passées. Mais c'est de savoir que je m'engage sur un parcours qui va me fait beaucoup souffrir, où il faudra savoir traverser les moments difficiles, où la douleur va se faire présente à partir du milieu de la journée... et enfin et surtout, la météo. On annonce de la pluie le matin, du froid aussi, et beaucoup de vent de nord, qui va nous poser de sacrés problèmes au retour.

Mais bon, je suis là aussi et avant tout pour vivre une petite aventure, autour de 18-20h de vélo, en autarcie physique et mentale, une forme de méditation mentale couplée à un bon défi physique. C'est ainsi qu'en retrouvant quelques têtes connues mais aussi beaucoup de personnes inconnues, je monte en selle appuie sur le bouton du GPS pour lancer le parcours... et on part à l'abordage: direction plein sud, la Drôme provençale.

Je me sens obligé de faire ici référence au parcours de 400km dans cette même région, à 70% similaire à celui d'aujourd'hui, que j'avais dejà fait en 2014 (lire ici). Je retourne un peu sur ses routes comme on part sur la traces de souvenirs... de bons souvenirs, bien sur - j'aime à décrire cette expérience de 2014 comme la troisième plus belle aventure à vélo que j'ai jamais faite après le Trirhena 2018 et le BRM 400 montagneux de 2016. C'est aussi un peu à l'occasion de ce BRM 400 en Drôme que j'avais basculé dans le vélo sportif et intensif, et j'avais comme gagné mes premiers galons mentaux... j'avais plus cru en moi et su tenir la roue de Thomas pendant toute la nuit et jusqu'au matin... en arrivant à Grenoble, je n'en revenais pas d'être arrivé si tôt, plusieurs heures plus tôt que mes espérances du moment...

27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure

Un BRM ça commence quand?

Il y a plusieurs réponses à la même question. Ca comment quelques mois à l'avance quand on le met sur le calendrier, ou quand on s'inscrit. Ou alors, ça commence la veille au soir quand on angoisse de l'ampleur du défi physique et (presque 'surtout') mental qu'on s'est imposé. Ou alors, ça commence simplement un 27 avril 2019 à 4h du matin, planqué sous un abris de bus pour éviter que la pluie ne nous refroidisse encore plus alors qu'on n'a pas encore commencé à pédaler. Ou enfin, un BRM 400 ça commence 'vraiment' dans le virage à droite avant Orpierre dans la Drôme, alors qu'on a déjà quelques heures de pédalage dans les cannes et qu'après ce virage, on commence non seulement à monter, mais aussi et surtout à affronter le vent de face, lui qui va nous miner la tête pendant de nombreuses heures à venir ?

Mais... ne mettons pas la charrue avant les bœufs. On l'a pas encore commencé ce BRM. Alors, on m'a souvent dit que mes articles plaisent parce qu'ils donnent l'impression de pédaler avec moi. Alors ce coup-ci, on va le faire ensemble? Toi lecteur, ça te dis? Allez chiche, ça te tente un BRM 400 avec moi ?

Vendredi 26

Fin de journée de boulot, viens, on rentre à la maison. Puis 2h de voiture pour aller dormir chez mes parents, viens j'te dis, on t'invite. Avant si ça te vas, on s'arrête à Valleiry à Carrouf pour s'acheter une boite de bonbons. Miam, ceux qui piquent. Depuis le Trirhena l'an dernier, j'avais envie de retenter le coup... glissés dans un petit sac plastique dans la sacoche de cadre, nickel pour manger du sucre et se changer les idées ! Une fois chez les parents si ça t'embêtes pas, on va faire chambre à part, OK? Allez laisses moi juste un peu d'intimité, pour dormir 2-3 heures...

Samedi 27

Bip-bip, 1h50 du matin, le réveil sonne. Pouah j'ai pas bien dormi. Et toi ?

Un petit dej avec du pain et du miel, et on saute dans la voiture. Oui, j'ai bien vu qu'il pleut dru, pas besoin de me le rappeler.

Galère pour se garer à Grenoble, alors suivant les conseils de JP, on se pose à Fontaine, au bord du Drac. Le temps de sortir le vélo (sous la pluie) et deux cyclistes avec leurs gilets réfléchissants passent à côté en disant un petit coucou. Le temps de pédaler le 1.5km qui mène au départ, place de Sfax, et je suis déjà trempé. Zut, j'aurais du prendre quelque chose d'autre que mes simples chaussettes + chaussures d'été. Ca caille hein ?! Tiens, je te présente mes potes Brigitte et Thomas. Elle est increvable à vélo, jamais elle n'arrête. Lui c'est un rapide, sur le papier on aurait pu faire des bouts ensemble, en réalité il est tellement costaud que c'est même plus la peine d'essayer de le suivre. Bon viens, on va récupérer nos cartons de BRM... salut JP, salut les jeunes, les vieux, les rapides, les lents, les mecs et les... euh, il n'y a pas beaucoup de filles !?...
Encore 1 minutes à nous peler les miches sous l’abri bus et enfin on peut y aller. Ben voilà on part pédaler 400 pitons, quoi. Et il pleut. C'est bon t'as tout ton matos ? Go !

L'ambiance BRM c'est quand même sympatoche... on a le temps de discuter à droite, à gauche, tout en passant la piste cyclable puis le long boulevard tout droit qui nous mène à la sortie de l'agglo. On a aussi pas mal de feux rouges, ça me soule. Puis ensuite le peloton des lumières rouges s'étend un peu... viens, essayons de recoller au groupe de tête... oh attends, ça roule vite déjà. Je sais pas toi, mais je tire la langue alors qu'on n'est qu'à Vif, pour essayer de rattraper le groupe de devant. J'imagine bien Tom qui m'appelle 'hé Bat reviens avec nous devant', mais je ne veux pas me cramer trop vite. Toi ça va, tu suis sans trop de souci je vois. Pas con de suivre ce duo avec le mec en short en jean, qui remonte en tête, je vais faire comme toi tiens. Puis voici la première montée, on sort de la ville, on sort des lumières... il pleut fort, ma roue avant projette de grosses gouttes d'eau à tout-va, alors ne restes pas trop derrière moi sinon je vais te repeindre.

Malheureusement le groupe part devant, irrémédiablement... on peut faire semblant encore un moment à rouler en sur-régime, ou alors on se met en face de la réalité, comme ça, droit dans les yeux, et on admet qu'ils sont trop rapides pour nous. Allez viens on continue à notre rythme. Et bientôt, on se retrouve seuls. Heureusement que t'es là avec moi, lecteur réel, partenaire imaginaire, car on sent déjà la SOLITUDE. Seul sous la pluie, dans le noir et le froid. Le k-way ne fait pas totalement son job, je suis sur-trempé.
La bosse est longue, faut pas s'affoler. Elle est censée être roulante, alors dès que ça perd en déclivité, je remets des dents. Un mec restera devant de très nombreux kilomètres, à portée de fusil, mais je mettrais plus de 20min à lui revenir dessus avant... qu'il ne s'arrête à une boulangerie après Chichilianne. Le jour se lève doucement... un duo nous double, donc un mec avec un beau vélo et des roues assez profilées... ouah une star de l'ultra-distance à n'en pas douter (lui non plus on ne le reverra plus, une fois qu'il fera sa pause à la boulangerie ici).

Sortie de la nuit, dans la pluie et le froid...Sortie de la nuit, dans la pluie et le froid...

Sortie de la nuit, dans la pluie et le froid...

Bon ça y est, il fait jour. Il doit nous rester 3km plus pentus pour atteindre la Croix Haute. Pas facile, je n'ai pas de super sensations. Toi je vois bien que tu as un bon coup de pédale, t'assures. On continue. Bon, par contre ma veste thermique au fond du sac, elle va y rester, au fond du sac... pile 7h du matin et pile 0° au mercure... perso je ne fais pas de pause au sommet, et je m'engouffre dans la descente... il fait trop froid pour se changer. Je referme simplement le maillot ML et le k-way, et met mon buff sur la bouche et le menton, façon bandit du far-west. Tant pis pour les gants longs et la veste thermique qui restent dans le sac à dos.

Les kilomètres défilent, mais je suis à l'économie, alors ça roule bien, mais ça ne 'fonce' pas sur les nombreux kilomètres de ligne droite en faux-plats descendants qui suivent. C'est sur qu'en groupe on gagnerait de précieuses minutes.

Aspres sur Buech, tiens ça me rappelle de bons souvenirs du BRM 300 d'il y a deux ans. Après, ce sont de longues lignes droites qui filent plein sud, c'est plat, roulant, on profite du vent dans le dos.

27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure

Le soleil finit par sortir de derrière la montagne, chaque mètre pédalé au soleil est un petit bout de bonheur… ça fait du bien plus au mental qu’au physique, vu que les pieds font flic-floc au fond des chaussures, mais c’est ça de pris. Je me remémore notre passage ici à l’occasion du BRM 'Drôme provençale' de 2014 avec Thomas, je reconnais même un peu les lieux. J’aime beaucoup Sisteron, ça avait été ma base pour quelques jours de vélo dans le coin il y a quelques années… mais on va quitter cette direction à environ 20km de là, à Eyguians, pour amorcer notre approche de l'enchaînement de cols à venir.

On partait vers le sud, désormais c’est l’ouest, et un parcours en dents de scie ! Le ‘far’ ouest, dans le sens où on a encore beaucoup de distance à couvrir. C’est ici que je réalise que les jambes sont douloureuses… pourtant on ne fait que commencer. Alors je me perds dans mes pensées et mes souvenirs du BRM 400 montagneux de 2016, c’est là où j’avais du grimper puis faire demi-tour en raison d’une route fermée pour cause de rallye automobile… j’avais justement retrouvé Yann par la suite et on avait un peu roulé ensemble. Me perdre dans ces pensées me permet d’essayer de contraindre mon cerveau à oublier la difficulté du moment… tout comme ces deux minutes de discussion avec un participant au BRM qui me double avec le sourire. Une des rares têtes ‘connues’ que je croiserais encore un peu aujourd’hui.

27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure

He dis, tu veux pas passer devant un peu ? Je galère là, suis à l’économie totale. Voici Orpierre, joli petit village, je double le duo du début (mec en short en jean et son pote barbu) qui sont arrêtés au bord de la route… un petit salut et je poursuis mon chemin. Les faux plats montant font un peu mal, et la pause à Laborel fait un petit rassemblement, on est 5 à poser le vélo contre le talus pour répondre à la première question secrète sur nos cartons jaunes. C’est ma toute première pause après 135km de pédalage !

J’étais arrivé le dernier, je repars le dernier… toujours solo – heureusement que t’es là toi, ça me change les idées.

Le col Saint Jean est le premier col inconnu à mes roues jusqu’à ce jour. Tu connaissais toi ? Ben ça grimpe assez costaud, et je manque de m’étouffer en essayant avec peine de manger le premier de mes 6 cakes salés fromage/lardon, cuits sous forme de muffins. Pas du tout digeste, les prochains je les mangerais soit en m’arrêtant, soit en descente… à des moments où la respiration se calme. Ca me fait tousser et cracher mes poumons ce truc, erreur à ne plus reproduire. Le duo ‘short en jean’ me redouble. Pas de pause au sommet, je suis là pour optimiser mes temps de pause… mais brrr que ça caille dans la descente. C’est vraiment insupportable, mais je serre les dents. La descente est technique, magnifique.

Col Saint Jean, SéderonCol Saint Jean, Séderon
Col Saint Jean, Séderon

Col Saint Jean, Séderon

Ce qui s’ensuit est bien moins agréable – de longues lignes droites avec ce satané vent de face, qui ne nous lâche plus depuis Orpierre. Sur le plat c’est encore plus dur à gérer mentalement… soooooooolitude. Alors pour la première fois j’ouvre la caverne d’Ali-Baba, j’ai nommé ma poche à bonbons Haribo sur la droite de ma sacoche de guidon. Miam – tout est bon pour me changer les idées.

Après Sederon, on prend à droite et ça va bientôt commencer à grimper vers le col de Macuègne. Celui-ci ça fait au moins trois fois que j’y passe, je m’en rappelle de nuit avec Tom en 2014 mais aussi de jour avec Didier en… 2015, je crois. Là encore, le duo ‘jean’ me double, prend de l’avance très allègrement, et puis ils font leur pause au sommet, alors je les redouble puisque moi j’enchaine sur la descente illico. T’aurais pas eu besoin d’une pause, toi, c’est bon ? Alors profitons ensemble des vues sur le Mont Ventoux au fond à gauche de la vallée… la tour sommitale est invisible, prise dans une belle couche de brume pour le moment.

27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure

A Montbrun les Bains, second contrôle. Ca me fait revenir sur un autre duo, dont le mec avec qui j’avais discuté 2 minutes après Eyguians. Ils sont bien sympas ces deux là, j’en ferais bien des compagnons de route… seulement dès les premiers hectomètres du col d’Aulan, ils partent devant… ça roule bien trop vite pour moi. Alors montée solo, là encore. Enfin duo hein, t’es encore là heureusement… tu parles pas beaucoup, c’est la fatigue qui commence à te serrer les cuissots ?

Descente de Macuègne, Montbrun les Bains, montée vers Aulan
Descente de Macuègne, Montbrun les Bains, montée vers AulanDescente de Macuègne, Montbrun les Bains, montée vers Aulan

Descente de Macuègne, Montbrun les Bains, montée vers Aulan

En tout cas les gorges à la base ce ce col sont vraiment sublimes… je ne sais plus si le BRM de 2014 passait là ? On serait passés de nuit dans tous les cas, ça ne change donc pas grand-chose en soi. Là on en prend plein les yeux… J'observe l'eau claire du torrent en contrebas et me demande si Brigitte va pas faire une pause canyoning en passant ici tout à l'heure ! Le petit château à gauche d’Aulan et son église Saint Jacques annoncent la fin des gorges, mais pas celle de le montée. Encore un peu de vent sur le sommet, c’est plus exposé… mais que c’est beau. Un p’tit coin d’paradis j’te dis.

La descente qui suit nous amène sur de nouvelles portions un peu plates, un peu rectilignes, très ventées. Pas facile, et malgré le soleil et ciel bleu qui se sont clairement établis, j’ai encore du mal à me réchauffer ! A Saint Auban sur Ouvèze, ça te dis une pause ? Il y a une fontaine sur la gauche de la route au milieu du village. Alors soyons stratégiques… d’abord manger un bout de cake salé, puis enlever les jambières qui commencent à me cisailler la pliure derrière les genoux. Ensuite remplir les gourdes, boire un max avant de repartir en descente.

Pas bien longue cette descente, nous sommes aux portes du col de Peyruèrgue. Je me rappelle de celui-là comme le haut lieu de ma première casse de rayons de roue. Pas un bon souvenir !

27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure
27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure

Alors l’ascension début lorsqu’on tourne à droite, et paf ça grimpe illico. Le revêtement n’est pas mauvais, les pourcentages pas bien méchants… il y a à nouveau des panneaux en bord de route qui indiquent les kilomètres restants jusqu’au sommet, ainsi que le pourcentage moyen du kilomètre à venir… pratique, mais aussi un peu démoralisant par moments. Le chat double la souris, la souris rattrape le chat, et c’est ainsi que je bascule au sommet en saluant le duo short, en pause au sommet.

Belle descente sur Saint Sauveur Gouvernet, au cœur de vergers d’abricotiers, ça file moins vite que la descente sur Montbrun tout à l’heure, mais c’est bougrement agréable de mettre des bornes derrière soi, comme ça presque gratos. La montée qui suit, c’est le col de Soubeyrand et là, mon gars, on va en baver. Je suis dejà passé ici deux fois, je sais que c'est la plus grosse montée du jour plus ou moins. Au pied de la montée, je vois l’embouchure de la montagne tout là-haut à droite, et ça fait mal à la caboche. J’ai trop chaud, il est bientôt temps de retirer même les manchons encore tirés sur les bras.

Le prochain contrôle est là, à Bellecombe Tarendol, non sans avoir passé un petit village endormi qui respire la méditerranée et l’après midi oisive. Je ne m’arrête pas devant l’église pour répondre à la question du carton jaune… je sais que j’aurais besoin d’une pause à mi-ascension alors autant n’en faire qu’une, de pause. Je retiens la réponse et l’horaire de passage… que j’inscrirait plus haut, à l’occasion d’une pause à l’ombre d’un arbre en fleurs. Je mange une crème de marrons, retire une dernière épaisseur en haut, bois un coup. Ne pas trop penser aux heures de vélo à venir… ne jamais se poser la question ‘est-ce que j’ai passé la moitié des heures de selle’ avant d’être absolument certain que c’est le cas !

27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure
27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure
27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure

Le reste de l’ascension se passe mieux, j’ai aussi les jambes à l’air et ça fait du bien. Le chat double la souris, la souris double le chat au niveau du col… ce sera la dernière fois que je reverrais ces deux participants – le mec en short avait l’air à l’aise, son comparse un peu dans le dur… je dis aussi au-revoir au Mont Ventoux qui a daigné se découvrir de son chapeau de nuages pour me souhaiter bonne route, avant de basculer de l'autre côté et le perdre de vue.

Belle et longue descente, technique, prudence avec quelques cailloux sur la chaussée… ce qui nous conduit directement aux portes de Rémuzat. De là, beaucoup de lignes droites peu intéressantes, ce qui n’est pas sans me rappeler ma préférence pour des alternances de montées descentes que des moments de plat, un peu comme sur le Trirhena, quoi. Sur le plat, je vivote et je souffre. Dans les montées, je m’arrache, goutant avant même le sommet au répit que la descente m’offrira.

Toi, toujours pas un mot – t’es un coriace. Continues de bien manger et boire, avant d’avoir faim ou soif, sinon c’est carton rouge, ne passez pas par la case départ, ne collectez pas 10000 francs. Cornillon sur l’Oule, je sais qu’on approche de la longue montée vers Pré-Guittard. Je la connais bien celle-là aussi, j’avais fait deux parcours de chasse aux cols dans les parages il y a quelques années. Une fois qu’on tourne à gauche depuis la grosse départementale d’en bas, ça grimpe sec. Après les gorges, ça se calme heureusement. Mais on n’est même pas à mi-montée, il faut s’accrocher. Je mange une banane, et observe le ciel qui tourne au gris. A quelle sauce va-t-on être mangés ?

27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure

Une fois le col derrière nous, OUFFFF.. on peut se laisser glisser en contrebas. Quelques gouttes d’eau commencent à tomber alors que je répond à la question du contrôle aux portes de Gumiane. Courte remontée de l’autre côté des gorges, on est à deux pas du chouette village de St Nazaire le Désert, et voici Bouvières. J’hésite à aller remplir les gourdes au lavoir du village, que je connais. Mais ça nécessite 50m en aller-retour, c’est assez pour me décourager.

Coulage de bielle encore sur les très longs faux-plats descendants qui suivent. Je repense au commentaire de Brigitte comme quoi ici il ne faudrait pas se retrouver seul, sinon t’es assuré de rouler à 20 plutôt qu’à 40 face au vent. Ben…. Je roule à 25 ou 30 mais ça me coute de l’énergie et je suis mentalement sur les rotules. J’aime pas les lignes droites, je préfère encore grimper ! D’un autre côté c’est un semi-mensonge, ça avance assez vite finalement, tout en me reposant. Allez, prends ce qui t’es donné et ferme a ta g… (le type de dialogue intérieur entre mon cerveau et moi depuis plusieurs heures aujourd’hui).

Bourdeaux ! Kilomètre 256, allez on peut commencer à décompter les kilomètres qu’il reste, ça devient mentalement acceptable. Pas de montée au pas de la Chaudière sur la droite, fort heureusement. Par contre je n’ai presque plus d’eau en réserve, aie aie aie… attention à bien éviter le vide total. J’y remédierais à Aouste sur Sye, après avoir franchi Saou et le Pas de Lauzun, un nouveau col pour moi, superbe et isolé. Heureusement la route n’est pas barrée, comme il était indiqué en bas au village. Une fort jolie montée, mais une descente abominable avec des gravillons dans tous les sens.

27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure
27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure
27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure
27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure

Les gourdes sont de nouveau pleines, j’ai bien bu à Aouste, alors je suis prêt à rouler à bon rythme (comprendre : vent dans le dos !) après, jusqu’aux portes de la dernière longue grimpée. Silvère, de l’asso Cyclosportissimo, est à l’arrêt au bord de la route. Je reprends un duo sur le faux plat suivant, désormais on va faire quelques bornes ensemble, plein nord. Silvère ne revient pas, bizarre pour un costaud comme lui… comme quoi on peut tous avoir des jours ‘sans’ !

A Beaufort sur Gervanne je laisse filer mes deux compagnons avec qui on a roulé peut être 15min, c’était bien sympa… des mecs ouverts, respectueux des différences de niveau, et bien rigolards. Merci ! J’enquille les lacets qui montent vers Plan de Baix comme je peux. Le ciel est noir au-devant, clairement on va avoir droit à une belle rincée pour traverser ce bout de Vercors. Après Plan de Baix il se met à goutter, puis à pleuvoir. Je rattrape, double le duo… fait ma pause pour mettre le k-way et les manchons sur les bras… puis on entre dans l’orage. La fin du col est interminable, le duo est reparti devant. On approche du dernier contrôle à la Vacherie. La vacherie des lieux, c’est de t’imposer une courte remontée après la descente du col de Bacchus, désormais derrière nous. « Quand y’en a plus, y’en a encore ». Descente sur la Vacherie, je suis épuisé.

La question secrète ne nous parait pas du tout claire, je répond en ajoutant une ‘explication’ à ma réponse sur le carton. On repart à trois, et Silvère nous rattrape avant Léoncel. Le quatuor fait la pause, on remet tous nos vêtements. Moi je quitte le k-way et enfile la veste thermique, avec le maillot réfléchissant sans manches, que je sais un peu imperméables. Voilà qui ira jusqu’à l’arrivée. Je grelotte, c’est dur. Et surtout, je sais qu’il reste encore pas mal de kilomètres.

Silvère fait une plus longue pause, sur ses conseils on repart à trois. Mais dans les gorges en descente, je croise… Cricri ! Youpi, je m’arrête, trop content de voir une tête connue. Le duo part devant, je ne les reverrais plus de la journée. Discutaille 5 minutes avec Christophe, qui va à la rencontre de Brigitte (qui selon ses dires est très loin derrière… la pauvre). Puis je poursuis mon chemin. La photo que Cricri a pris de nous deux en dit long sur ma fatigue… je suis vouté et marqué physiquement. Même pas un sourire !

27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure

Allez, bientôt St Jean en Royans. La route faisait ruisseau dans la descente, résultat je suis trempé comme dans une douche. Courte remontée aux portes du Royans, et encore une descente sur Pont en Royans. Au sommet de la sortie de Pont en Royans, le soleil ressort ! Ca fait du bien. Je roulotte, terminés mes espoirs de rouler tempo jusqu’au bout. Je n’ai plus rien au fond des chaussettes, à part un centimètre d’eau croupie. La pause, c’est pour resserrer une vis sur mon axe de pédalier. Ah non c’était bien serré. Mais d’où vient ce fichu bruit alors ? Le dérailleur AR aurait besoin d’être re-réglé aussi. Allez va, ça ira pour aujourd’hui.

Montée, descente, Saint Romans. Longues lignes droites infâmes où je n’avance pas. Heureusement le trafic auto est encore très raisonnable. Izeron, Cognin les Gorges, Saint Gervais. J’aperçois la voiture de ma belle-sœur, qui habite ici depuis peu. Je passe le pont puis prend la piste cyclable qui longe l’Isère. Une fois que j’aurais parcouru cette piste, je serais à GRENOBLE et donc à km de l’arrivée !

27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure

La nuit tombe rapidement. Au début j’essaie de mettre du rythme. 28km/h, c’est le mieux que je puisse faire. Mais non, ça ne tient pas... je n’ai pas de forces, ni l’envie honnêtement. Et trop mal au derrière et aux paumes des mains. Alors j’avance tout doucement, à 22km/h souvent, un coup en danseuse, un coup assis. J’évite soigneusement les branchages, quand ce n’est pas carrément les arbres qui recouvrent la moitié de la chaussée ! Plus loin c’est trois énormes sangliers que je surprends en plein festin et qui partent en courant à 5m devant moi, pile dans les phares. Ouah, petit coup de flippe. A Saint Egreve ça sera deux lapins blancs, là j’ai même pas eu peur, chuis’ un grand moi !

La piste cyclable se rapproche de l’autoroute, je sais que ça annonce la proximité du pont à haubans, qui lui-même annonce la flamme rouge ! Yes, le voila ! Allez vient mon pote, on va terminer main dans la main.
Les routes sont détrempées mais il ne pleut plus trop fort. Je suis trempé et j’ai froid aux os. Il faut attendre un peu devant la boite aux lettres de l’organisation, les appareils photos automatisés de JP, cachés derrière sa fenêtre dans le bâtiment en face de la boite aux lettres 'BRM', attesteront de ma présence ici.

Héééé mais t’es où ? Je me retourne et t’es même pas là. Il est 21h55 et je dois remonter sur le vélo pour rallier la voiture. T’as même pas dit au revoir, après 17h55 ensemble, roue dans la roue, yeux dans les yeux, à nous triturer les gambettes et le cerveau. Comme quoi un BRM 400 c’est avant tout un défi mental.
Bon, je jette le vélo dans le coffre, avec le kilo de boue qui le recouvre. 30 minutes de voiture pour rentrer manger 3 tartines de fromage et de rillettes de porc, prendre une longue douche chaude et me coucher.
Trou noir… je ne me rappelle plus avoir posé la tête sur l’oreiller. 400 pitons à vélo, ça use le bonhomme.

Mais les paupiettes de veau, pommes de terre, tiramisu et crumble aux pommes me remettront d’aplomb en famille demain midi.

Un BRM 400, ça se termine quand exactement ?

Lire ici les récits de Brigitte et Tom.

27 avril 2019 - BRM 400km, la mini-aventure
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H
Je lis tes aventures seulement maintenant...bravo fiston, je suis fière de toi même si je ne suis jamais rassurée quand tu pars pour un tel parcours ! Bravo aussi pour ce dialogue imaginé avec un partenaire pour t'accompagner tout au long de cette très longue journée . J'ai toujours plaisir à lire et découvrir tes aventures .
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C
Merci ! Ca parait dejà loin tout ça... au moins cette fois là j'avais réussi à paramétrer mon réveil pour arriver le matin à temps !
B
Salut Baptiste, c'est avec un jour très… pluvieux que je viens de lire ton récit. Toujours aussi génial et quel mental de warrior quand même ! Bravo Baptiste. Par contre, c'est fou comme les aventures ne se ressemblent pas, tu as déjà beaucoup d'expérience et le Tri de l'année dernière au compteur mais là, on a vraiment senti que tu étais dans un petit creux. Bon, il est vrai que tu as roulé quasiment solo et avec une météo pas géniale, donc une question : même si je sais que tu voulais rouler à un bon rythme, pourquoi n'as tu pas tenté de rouler avec Brigitte que tu connais bien, à deux tu aurais moins galèré non ?
Répondre
C
Salut Joris,
Oui, le petit creux est réel. Il vient du manque de kil au compteur, non pas niveau intensité car comme tu le sais je fais bcp de HT cette année. Mais je ne fait quasi plus de sorties de +1h30 d'effort. Donc là me lancer sur une journée totale, c'était autre chose... Mais je suis content de l'avoir fait.
Je ne roule pas avec Brigitte sur ce genre de choses car... j'aurais encore plus souffert. Sisi. Elle a terminé environ 6h après moi de mémoire. Ca veut dire que j'aurais pris froid. Et aussi, ne pas rouler à son rythme normal, d'expérience, peut faire un rendu encore plus difficile. Donc pas de regret de ce côté là ! Mais j'ai pris du plaisir, si si... il faut lire entre les lignes :)
B
J'adore ton style ... c'est trop génial :-) Pour les cakes salés, finalement moi je n'en suis pas tellement fan non plus. Le top c'était des barres de céréales avec une base de haricots azuki, je sais c'est bizarre, mais c'est délicieux, on dirait de la chataigne,je les ai sucrées très peu (un peu de miel) , et le gout me plaisait encore sur la voie verte. Par contre ça se conserve super mal, j'ai du jeter celles que j'avais laissées à la maison dans une boite. Et aussi ... les tucs ....
Sinon pour la question "ça se termine quand ? " J'ai quand même eu du mal à récupérer ! Pas tellement les jambes (qui étaient ok mardi) mais l'état général (tout le temps faim, soif, sommeil , pendant trois jours !!! obligée de faire un vrai repas à midi etc ...)
Curieusement j'ai eu froid moins longtemps que toi, c'est à dire essentiellement de la Vacherie à St Jean , mais alors , vraiment très froid !
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C
Les tucs j'ai jamais essayé, mais je ne suis pas forcément trop fan à la base alors je sais pas... sinon un truc qui ressemble à une quiche faudrait essayer. Peut être plus digeste ! Ou sinon des crèpes roulées et fourrées ? MIam ! Restent les fajitas comme Tom il fait... jamais essayé. Bah sinon un bon vieux sandwich de brioche avec nutella ou beurre de cacahuette... j'avais fait 2-3 sur la première étape du trirhena (ou était-ce le 300 CCK?) et ça passait super bien. Ah la la... comme quoi on continue d'apprendre à tous les coups !
N
Super récit ! J'aurai vraiment aimé partager l'aventure avec toi... sur un prochain 400 ? ;)
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C
avec plaisir !!
T
C'est bien les aventures, mangez-en. Dommage pour les petits cakes, c'était bien tenté.
Bon au final c'est quand même bien plus rapide que ce qu'on a fait en 2014, et là t'étais tout seul, dans des conditions difficiles, sur un parcours plus difficile, chapeau!
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C
Pour les petits cakes j'avais tenté la version banana bread sur le trirhena et c'était génial. La pas top. Oui je me suis pas mal débrouillé mais ça demande à retenter un jour de beau temps ! ????????

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