18 avril 2026 - Last Man Riding à Arbois
Voilà enfin cet évènement Last Man Riding (LMR) à Arbois ! L’un de mes trois défis vélo de l’année (avec son équivalent à la Rosière en juillet prochain, et le BRM 1000 auquel je suis inscrit mi-juillet).
Pour préparer ça, j’ai mis les petits plats dans les grands. Expression choisie avec attention et volontairement. Je n’ai pas révolutionné mon entrainement à vélo, puisque pour ça il faudrait beaucoup de temps libre, et je n’en ai pas. D’ailleurs j’en avais largement plus il y a un an à la même époque, puisque j’étais temporairement sans emploi. Mais voilà, j’ai repris le taf depuis juin 2025 et donc, du temps libre, je n’en ai que très peu, hormis tôt le matin. Alors j’ai mis le paquet (« dans les grands ») sur les opportunités, pas énormes, que j’ai pour m’entrainer (« les petits plats » en question).
Le nouvel élément que j’ai pour cet entrainement, c’est… l’IA. Un ajout intéressant mais pas révolutionnaire non plus. Car avoir de bonnes analyses de ‘CoachGPT’ c’est bien, mais il faut toujours redoubler d’attention sur la faisabilité, la véracité, l’applicabilité dans la vraie vie, etc. N’empêche que. Si je devais faire ressortir le gros ‘nouveau’ conseil que l’IA m’a donné (oui bon OK, un conseil que Thomas V me répétait non stop depuis des années !), c’est d’intégrer des séances de récupération en zone 1 et zone 2 à mon entrainement. Avant, je faisais à fond, tout le temps. Désormais, je fais des séances (notamment de home trainer) pour récupérer. Ces petites sessions tôt le matin avant d’aller au boulot, 1h en Z1/Z2 (190-200w) en respiration 100% nasale (chose difficile pour moi, je n’en ai pas l’habitude) a été difficile au début. Mais bénéfique.
Le second élément bénéfique cette saison pour préparer mes deux participations ‘LMR’, c’est justement d’avoir déjà vécu ça une fois à la Rosière l’an dernier, et donc d’avoir un point de comparaison pour m’améliorer. Trois conclusions principales à en tirer : (1) l’alimentation est un point clé, il me faut continuer de manger 3 fois par heure, et mettre l’accent sur les choses sucrées et peu grasses (pates de fruit) à l’arrivée de la nuit, pour que l’énergie de mon corps soit centrée et n’entraine pas une fatigue de type sommeil. (2) La nuit, on a froid, même s’il ne fait pas extrêmement froid au printemps. J’emmènerai donc plein d’affaires chaudes pour ce LMR à Arbois mi avril. (3) Il faut s’économiser et donc rouler au plus près de la puissance moyenne que je suis capable de tenir sur le très long termes (de nombreuses heures de suite), et ce dès le début. Cette stratégie a été confirmée l’an dernier, où j’ai réellement roulé tout doucement, et n’ai pas été vraiment fatigué physiquement avant au moins 12-15 heures de vélo.
Tout ceci m’emmène à ce vendredi après midi, où je termine le boulot tôt pour conduire vers Arbois, à deux heures de voiture. Je m’arrête faire un coucou à Yann sur le chemin, puis reprends le volant et termine le chemin vers Arbois, où je retrouve Thomas. Resto, dodo tôt.
Le lendemain matin, réveil pas trop matinal, préparation des affaires, et on se retrouve à 4 avec Damien, Yann et Thomas autour de la table de camping dans le gymnase à la sortie d’Arbois. Tout est prêt : des tonnes de bouffe, des monceaux de matériel et vêtements vélo, et toutes nos bonnes intentions. 83 cyclistes sont au départ, lors du briefing de l’organisateur, à quelques minutes du départ.
A peine le temps de récupérer le vélo dans le sas de départ, il y a eu un petit retard à l’allumage, et je franchis la ligne de départ avec au moins 50 secondes de délai sur le début de l’heure… il me reste donc 59min et 10 secondes pour parcourir les 22.5km et 400m de dénivelé sur cette boucle typique jurassienne, et revenir à bon port.
La première boucle, je la fais avec Thomas. Damien & Yann ont déjà pris les devants. J’ai l’œil sur le compteur et constate que je suis déjà parti trop haut, avec des passages à 270w. C’est bien trop haut, ce sont des efforts ‘inutiles’ et que je paierai plus tard… très exactement à l’opposé de ce que je souhaitais faire. Alors je remets les hola, et je baisse l’intensité pour rester autant que possible à 240w. C’est peu, et du coup je rame, et termine cette première ascension dans les 5 derniers ! Sur 83 au départ, ça fait franchement stresser un peu, impression que je suis parti trop doucement, et que je risque de me faire éliminer pour en avoir trop gardé sous la pédale… ça serait con.
Alors dès le sommet de la bosse, je remets quelques vitesses pour maintenir un effort constant à 200-210w. On reprend quelques cyclistes et un petit groupe se forme. Après Ivory, après les faux plats montants, malheureusement ils sont repartis devant et je me retrouve seul avec Thomas. On reste groupir pour terminer cette boucle par une belle descente avec rochers, tunnel de pierre et vues sur les Planches près d’Arbois, petit village touristique où on atterrit avant de finir par 2km de plat. Résultat des courses, il nous reste moins de 8min sous le coude avant le prochain départ.
C’est le moment que j’attendais depuis des mois, littéralement. Après avoir essayé de décrypter la difficulté du parcours, la probabilité de garder un petit matelas de temps sous le coude à l‘arrivée pour gérer la logistique inter-tour, sans avoir dépensé trop d’énergie qui se paierait plus tard… En moyenne de mémoire à la Rosière j’avais 12-minutes sous le coude. Là, il ne m’en reste même pas 8. Le temps de poser le vélo, vider mes poches et les remplir, remplir un demi bidon et m’asseoir quelques secondes ou minutes, et la cloche sonne déjà, indiquant le départ dans deux minutes.
Donc c’est reparti. Je me débarrasse des manchons et du coupe-vent sans manches que j’avais dans les poches au premier tour, il n’y en avait pas besoin. Et go.
On repart en déconnant avec Thomas. Il est clair qu’avec 7-8 minutes de relâche entre les boucles 1&2, je ne durerai pas aussi longtemps que les 18 heures effectuées à la Rosière en 2025. Dans ma tête, on peut déjà réduire ce chiffre de moitié ou presque. Or, en faire moins de 10 serait clairement un échec. Affaire à suivre !
Montée, terrain roulant après Ivory, mais avec Thomas on a du mal à rester ensemble, un coup devant, un coup derrière. Une voiture de postier nous gène dans la descente. Ensuite un utilitaire nous ralentit à l’entrée d’Arbois. Frustration et stress… on rentre quand même dans les temps, mais seulement avec 3min21 sous le coude ! Pfff c’est pas gagné cette affaire.
C’est reparti pour la troisième boucle. J’essaie à ce stade d’encore limiter la puissance en montée, pour en garder sous le coude. Le mec en orange reste dans ma roue la totalité de la montée, et également sur le terrain plus roulant, en relance, après Ivory. A Chatelaine, avant la grosse descente il y a un petit faux plat montant avec mauvais revêtement sur la chaussée, je lève le pied pour le laisser passer mais il ne passera pas devant. Frustration pour moi, je me note mentalement de rester à distance de lui pour ne pas faire d’effort sans aucune réciprocité. On arrive avec Tom avec 7min sous le coude, c’est mieux comme ça. Pause pour remplir le bidon, aller aux WC, et poser les fesses et les jambes avant de repartir.
Quatrième boucle. Montée avec Thomas, on se retrouve isolés quasi derrière tout le monde après Ivory alors on travaille ensemble. Seulement, au moment de traverser l’une des deux seules bifurcations potentiellement à risque du parcours (traversée de route tout en longueur, mais sur un itinéraire avec très peu de trafic), une voiture arrive au loin à droite… j’ai le temps de passer, Thomas pas. Je ne le reverrai pas vraiment jusqu’à l’arrivée (où il nous reste 5min 30 sous le coude), où malheureusement il m’annonce avoir mal au bide. Résultat, abandon et je perds mon principal co-équipier sur ce défi. Dur à digérer.
Cinquième boucle. Je repars et Yann me propose de rester ensemble. On discute tout le long, la montée est un peu dure, je sens que je tape plus fort dans l’effort. Mais l’avantage c’est qu’on colle à un groupe et qu’on pourra profiter des roues… bah non finalement pas tellement. Dès les faux plats descendants et terrain roulant qui suivent Ivory, plus personne ne veut coopérer. Alors je repasse devant pour trainer un gros groupe d’au moins 10 éléments. Je ne tire pas trop fort pour ne pas me griller pour rien bien sur, mais ressent de la frustration, il semble que ça sera la règle du jour : tout le monde profite des autres, mais personne ne souhaite partager l’effort. 8min30 sous le coude en arrivant au finish, c’est très correct pour envisager la suite.
Sixième boucle, avec le même groupe, un peu avec les mêmes conclusions. Yann repart même devant le groupe et prend 100m d’avance sur le plat, personne ne semble motivé pour le récupérer ou l’aider. Agaçant. Mais ce sont les règles du jeu, il faut les accepter. Je continue à bien m’alimenter. Descente prudente, et nous voilà à Arbois avec plus de 8min d’avance. Nickel.
Septième tour, go. A partir de là, je pose mon vélo contre la barrière au niveau de la ligne de départ et non au fond du sas, ce qui me permet de partir dans les 10 premiers et de gagner 15-20 secondes au départ. C’est toujours ça de pris. Damien et Yann sont devant, je roule dans un petit groupe avec un gars sympa qui vient de Colmar. On fait ce qu’on peut dans ce petit groupe de 5, et on termine dans un plus gros groupe après les avoir repris dans les deux derniers kilomètres. Un peu moins de 8min sous le coude avant de devoir repartir. C’est le tarif.
Huitième tour, j’ai mal aux cannes, j’ai mal aux fesses déjà. Il fait juste trop chaud, aussi. J’essaie de bien boire. L’alimentation solide passe sans aucun souci en ce qui me concerne, c’est bien. La montée me soule, impression de saturer déjà. Petit groupe en montée et à Ivory. Par contre sur les faux plats de Chatelaine, je laisse filer, je suis un peu cuit – je termine donc seul. 8min 30 sous le coude encore, c’est pas si mal. Yann est super positif à l’arrivée dans le gymnase et me dit que 8min30 c’est large. Moi intérieurement je me dis que c’est vraiment pas grand-chose par rapport aux 12-15min que j’avais l’an dernier à la Rosière. Ca bout un peu dans la tête, c’est pas bon tout ça.
Neuvième tour, une couche de crème a bien aidé au niveau du cucul. En ce qui concerne la montée, elle me gave toujours autant, j’en peux plus ! Je gère mon truc et roule un bout avec Damien et Yann. Puis les laisse filer sur les faux plats du sommet, avant la coopérative de lait sur les sommets. C’est la section que j’aime le moins, encore moins que les fortes pentes d’en bas (8%). Je suis solo sur tout le reste, pas super rassurant. 6min restantes sur l’heure, faut pas trainer. Mais bien sur, je veux toucher au 10 heures, c’était le quote minimum prévu.
Dixième tour. Rétrospectivement, c’est la boucle où j’ai explosé. C’est celle où j’ai fait les watts les plus faibles en montée. C’est celle où je lâche dans la tête. Je roule solo quasi tout le long. Récupère un petit groupe juste avant Chatelaine, mais on perd quelques secondes ici en étant coincés par un troupeau de vaches qui passe en travers de la chaussée… l’agriculteur soulève gentiment le fil fermant la circulation pour nous laisser passer au goutte à goutte… merci à lui ! Mais il y a un truc dans la tête qui commence à lâcher. Juste en dessous de 4min sous le coude en entrant dans le gymnase à l’arrivée, je parle à Yann d’abandon en mangeant un peu de salade de riz.
Alors je repars sur cette 11e boucle en me faisant violence. En 4min, je n’ai rien eu le temps d’autre que d’installer mon éclairage avant, obligatoire à partir d’ici, et de choper en passant mon gilet réfléchissant. Montée comme je peux, un peu explosé. Pourtant, la nourriture passe très bien, je me goinfre. A ce stade, je suis passé depuis deux tours aux pates de fruits, et j’en mange 3 par tour. Donc le moteur est alimenté… c’est juste la transmission qui a pété ! Je roule solo tout le long, mais avant Chatelaine un cyclo barbu de l’équipe des violets, venus en nombre, me repasse devant. Alors on fait quelques relais ici, on descend ensemble, et on remet quelques relais appuyés sur le bas dans les derniers kilomètres. La batterie de mon éclairage avant (neuve !!! première utilisation !!!) ne fonctionne pas… argh… On arrive avec 3min30 sous le coude. Il annonce son abandon en arrivant. J’étais à deux doigts de faire pareil, mais je repense à ce que Yann disait… une pause de 2min ou même de 30s ça peut suffire à refaire un tour ?!!!
Alors je repars sur une dernière boucle, ayant changé la batterie de l’éclairage. C’est intégré et accepté dans ma tête, cette fois ci, c’est la dernière. Dans un sens ça rend cette boucle moins difficile. C’est un tour d’honneur, histoire d’avoir vu ce parcours de nuit également ! Je mange encore et encore, sachant que ça m’aidera sur la fin et aussi à une meilleure récupération demain. PAF je roule par erreur dans un trou sur la chaussée… Ahhh putainnnnnnnnn je vais crever. Ben non, le pneu tient le coup ! Alors ça, j’en reviens pas. Je termine comme je peux, et arrive avec 3min sous le coude encore. Et annonce mon abandon.
Voilà, je termine avec ‘seulement’ 12 tours validés. C’est à la fois une déception (par rapport aux quantités d’entrainements 3*20min @300w sur le HT depuis deux mois et les 18h tenues à la Rosière l'an dernier) et un succès (a priori terminé 30e sur 83, pas si mal). Une bonne douche chaude me fera le plus grand bien. Je m’installe ensuite avec le matelas pour dormir dans la voiture. Mais trop froid, trop d’humidité, trop de lumière aussi… je n’arriverai quasi pas à dormir. Résultat à 4h45 je me lève, récupère le vélo laissé dans le gymnase cette nuit (car je prenais sa place dans la voiture pour dormir) et prend la route. Arrivée juste après 7h ce dimanche matin pour surprendre les enfants, et avec les croissants en plus !
Une belle épreuve, définitivement plus difficile que sa petite sœur à la Rosière. Je ne sais pas si je reviendrai sur cette épreuve à Arbois, mais j’en aurai appris un tas sur moi-même à cette occase.
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